samedi 24 septembre 2016

Angelina Joliet et Brad Pitt / “Vue sur mer” / Il faut sauver la Jolie cinéaste


“Vue sur mer” : il faut sauver la Jolie cinéaste !

Aurélien Ferenczi
10 / 12 / 2015

Il serait tentant mais bien trop facile de ricaner à la vision de Vue sur mer, le troisième film d'Angelina Jolie, flop outre-Atlantique, relégué sur une poignée d'écrans en France (78 salles de plutôt faible capacité) sans promo préalable. On sait peut-être que, loin du romanesque (disparate) des précédents opus de la dame (Au pays du sang et du miel, puis Invincible), il s'agit d'un drame intimiste, racontant les affres d'un couple, joué par Angelina et son mari Brad Pitt eux-mêmes. Au moins, donc, une promesse de « métacinéma » : un couple de stars se mettant en scène en couple à l'écran, les interrogations affectives de la fiction tendant peut-être un miroir à leur union réelle...
Soit Brad, devenu Roland Bertrand, écrivain-poivrot post-Hemingway, et Vanessa, ex-danseuse rattrapée par la (jeune) quarantaine débarquant en DS décapotable dans le midi de la France, sur des airs de Gainsbourg (Jane B. en prologue, plus loin Black Trombone ou le cultissime Nefertiti chanté par France Gall). Au-dessus d'une crique de rêve se tient un hôtel assez classe avec bar-tabac adjacent, tenus respectivement par Richard Bohringer (mutique) et Niels Arestrup (en agréable roue libre).



Roland veut écrire, mais picole sec. Sa moitié l'attend dans une sorte d'atonie dépressive. Ils se détestent fidèlement jusqu'à ce qu'un couple de jeunes mariés, installés dans la chambre voisine et joués par Melvil Poupaud (savoureux en Gino « torsepoil ») et Mélanie Laurent (gracieuse en France Gall + Miou-Miou ) réveillent leur libido éteinte/imbibée.
Passons sur les ridicules, puisqu'il y en a. Réinventer la Côte d'Azur à Malte dispense quelques plaisirs pervers de reconstitution appuyée : outre les chansons (on ne voit pas comment Black Trombone passerait sur une des radios périphériques de l'époque, mais bon), quelques exemplaires du Monde (impec), un poste de télé qui nous apprend assez tard qu'on est en plein Watergate, divers fringues et objets vintage - mais non, à l'époque, quand on achetait une cafetière italienne à l'épicerie (ce qui est déjà improbable), on n'appelait pas ça une « expresso machine »...
Au syndrome « visite au musée » s'ajoute les costumes et poses ahurissants de l'actrice-réalisatrice, coiffée de multiples bibis, s'étirant sur un fauteuil avec une langueur travaillée, bref en curieuse voie d'arielledombaslisation – ce qui fait de notre plumitif un BHL dipsomane. Le meilleur du film tient à son audace érotique : collés tour à tour au trou dans le mur qui permet de voir la couche nuptiale de leurs jeunes voisins, les vieux époux américains s'émoustillent.


Angelina Jolie Pitt

C'est moyen selon les standards du sexuellement correct d'aujourd'hui... « Are we perverts ? » – Sommes-nous des pervers ? – demande « Roly » Et quand bien même ?, répond en substance « Nessa » tandis que Mélanie Laurent se déculotte à répétition. Plus troublant encore, la cérémonie tient du rituel : deux coussins rouges devant le « peeping hole », la bouteille de vin pas loin, et forcément dans la foulée in fine Monsieur Smith saute sur Madame Smith...
Autopsie d'un couple qui ne baise plus sans aiguillon, Vue sur mer se distingue donc du tout-venant Hollywoodien par sa (relative) crudité. Angelina Jolie-Pitt – c'est ainsi qu'elle signe l'opus – a dit avoir voulu rechercher la vérité des films des années 70 (tant pis si le chef-op de Haneke, Christian Berger, en fait plutôt un objet léché « fifties »). Plus précisément, elle a donné au personnage joué par son mari le nom de jeune fille de sa mère, Marcheline Bertrand, actrice de ces années-là.
L'effet-miroir est brouillé : moins docu sur Brangelina, que résurrection de la mère aimée et disparue, qui quitta Jon Voight parce qu'il la trompait ad nauseam... De fait, dans le rôle supposé du père de la réal, Brad fait bien l'Américain bourrin, un peu vieillissant, pas mal maladroit – il est celui qui a le plus de dialogues en français (toutes ses conversations avec Arestrup), ce qui accentue sa fragilité. Assez émouvant, en vérité.



Il manque tout de même un scénario : Angelina est l'unique auteur (créditée) du script, qu'elle a imaginé comme une succession de vignettes, d'attitudes, de postures, donc – ce qui est assez audacieux mais insuffisant. On attend plus : davantage de dialogues, une péripétie majeure, une grande scène de dispute à la Edward Albee – parce qu'évidemment l'ombre du couple Burton-Taylor plane là-dessus (en attendant que Cotillard et Canet s'offrent un remake de L'Important c'est d'aimer).
Faute de matière, le film s'englue dans le décoratif. Mais tous ces défauts rappelés, il reste un ovni intrigant dans un cinéma américain dont on connaît la tendance au formatage. C'est le prototype du film fait pour de mauvaises raisons, en tout cas d'autres que celles, tyranniques, du box-office : un studio concède à une star un projet bancal, comme un caprice auteuriste. Vanité rime ici avec liberté... Mais Vue sur la mer existe, et qui plus est, réalisé par une femme – combien de productions de studios dans ce cas ? Verdict : souvent ridicule mais franchement touchant. 



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